Idées reçues sur les stocks de poissons et l'avenir de la pêche française
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ENVIRONNEMENT - Tour d’horizon des vérités et idées reçues sur les stocks de poissons et l’avenir de la pêche française...Un article de Adrien Potocnjak-Vaillant publié sur 20minutes du 15 avril 2009

«Le cabillaud, on peut en pêcher, il y en a plein» Vrai, mais seulement ici…
Partout dans la presse, on a pu lire cette plainte des pêcheurs: « Le cabillaud pullule! Pourquoi nous empêche-t-on de le pêcher, alors que c’est notre métier ?» En effet, dans le goulet du Pas-de-Calais, le poisson bénéficie de conditions favorables.
Mais sur l’ensemble de la zone sur laquelle est mesurée sa bonne santé, le résultat est plutôt négatif, selon Jean-Paul Delpech, du laboratoire halieutique de l’Ifremer (Institut français pour l’exploitation de la mer). «Nous étudions la population de l’espèce à l’échelle de la Mer du nord et de l’est de la Manche. Nous proposons un TAC (Taux admissible de capture), c’est-à-dire le volume qui peut être pêché sans mettre en danger le stock, mesuré à partir des jeunes d’un an, de ceux en âge de se reproduire et des chiffres des pêcheurs.»
Sur cette zone mer du Nord/Manche-est, la répartition des poissons n’est pas homogène. «Les pêcheurs voient la situation dans leur port, mais pas plus loin, explique le spécialiste de l’Ifremer. Entre 2007 et 2008, il y a eu une baisse de 30% des individus âgés d’un an. Soit ils ont été pêchés, soit les conditions se sont dégradées, car elles peuvent énormément varier d’une année sur l’autre. Ca, plus la baisse de la quantité de cabillauds qui peuvent se reproduire, sont le signe que le stock n’est pas en bon état.»
«Les pêcheurs ne font pas d’efforts» Faux
Si on considère que disparaître, c’est faire des efforts, alors les pêcheurs n’ont pas fait semblant. «Après 30 ans de prime à la casse, 70% de la flottille française ont disparu», observe Patrick Haezebrouck, vice-président du comité des pêches de Dunkerque, représentant CGT des artisans et marins-pêcheurs.
Même constat à l’île d’Yeu. Sébastien Chauvet, du comité de pêche de l’île: «L’Europe a dit: il faut diminuer la flottille. Et pendant 10 ans, on a cassé du bateau. Ca pouvait se comprendre, même si c’était difficile. Il y a 20 ans, il y avait 123 bateaux, 400 marins. Aujourd’hui, il y a 153 hommes, pour 43 bateaux, et le discours de l’Union Européenne est le même. La plupart des bateaux français ont 15-20 ans. Aujourd’hui, l’espèce en danger, c’est le marin pêcheur.»
«Pas d’avenir pour la pêche» Faux
«C’est vrai que le secteur de la pêche est en difficulté», estime Philippe Cury, auteur de «Une mer sans poissons» (Calmann-Lévy) et directeur du centre de recherche halieutique méditerranéenne et tropicale. «Mais les subventions n’ont fait qu’empirer les choses. Il faut rendre les pêcheries plus viables d’un point de vue énergétique, rendre les engins de pêche moins destructeurs, réinventer une pêche viable économiquement et écologiquement. Il y a une révolution de la pêche à faire ».
Aujourd’hui, le marché français est composé de 85% de poissons d’importation. «Bientôt, vous ne mangerez plus que du poisson d’Asie, au bilan carbone catastrophique», prédit Sébastien Chauvet, du comité de pêche de l’île d’Yeu, qui lance un vibrant plaidoyer pour la survie des «petits bateaux de Boulogne», qu’il compare aux bateaux-usines danois, véritables épouvantails.
«Les quotas, ça ne règle pas le problème» Vrai
Les quotas réussissent l’exploit de fédérer contre eux marins-pêcheurs et scientifiques. On l’a compris, le quota n’est pas l’ami du marin-pêcheur, qui manifeste chaque année son mécontentement au printemps, alors qu’il a explosé son quota après 4 mois d’exploitation. «On n’a droit qu’à 133 tonnes pour 18 bateaux, à Dunkerque, on a déjà pêché 300. Ils veulent appliquer ça à la lettre, alors qu’il nous faudrait 600 tonnes, râle Patrick Haezebrouck sur Libération.fr. On veut une autre organisation. Qu’on se base sur un chiffre d’affaires, sur un nombre de jours en mer, pas sur des quotas.»
François Chartier, de l’ONG Greenpeace, estime que «la logique de quotas, quantitative, productiviste, ne fonctionne pas. Il faut réfléchir sur l’ensemble de l’écosystème, avoir une approche plus concertée, avec ONG et professionnels, par méthode de pêche, respecter les zones de reproduction, les habitats sensibles.»
Sébastien Chauvet du Comité de pêche de l’île d’Yeu estime lui que les quotas ne reflètent pas la réalité de la pêche. «La pêche, ce n’est pas noir ni blanc. Dans le golfe de Gascogne, l’eau s’est réchauffée, et il y a de plus en plus de thons rouges. Mais on ne peut pas les pêcher… Bientôt on ne pourra plus pêcher le requin-taupe. Il n’est pas menacé, mais on a décidé qu’en Europe, on ne pêchait pas le requin.»
Certains se féliciteraient presque du fait que les recommandations de quotas ne sont «suivies par les politiques que dans 20 à 30% des cas», et voire «à des niveaux plus élevés», selon Philippe Cury, auteur d’«Une mer sans poissons ». Adrien Potocnjak-Vaillant

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