Sécurité

Voix du Nord Ils sont toujours au moins une dizaine. Même quand le temps est maussade, ils n’hésitent pas à lancer leurs lignes à l’entrée du canal d’amenée, là où l’eau froide de la mer bouillonne pour aller refroidir la centrale nucléaire. Ils y pêchent du merlan, de petits harengs, “et du maquereau entre juin et août”, précise Claude. Cela fait dix ans qu’il vient à cet endroit. Habitué du coin, il sait pertinemment que ce n’est pas là, à l’entrée de la jetée du Dyck, qu’il fera les meilleures prises.

La sortie des eaux chaudes

Accès “interdit”

“C’est là bas, dit-il en pointant du doigt, à la sortie des eaux de la centrale, que ça mord le plus. A cet endroit, il n’y a que du bar”, souligne-t-il. “C’est un poisson frileux, le bar”, lance Bernard, un “habitué” des lieux. Alors forcément, pour une belle prise, il faut s’approcher le plus du flux d’eau “chaude”. Résolus à aller traquer le poisson, les pêcheurs n’hésitent devant rien. L’arrêté qui, en théorie, interdit la circulation sur la jetée du Dyck n’est pour eux qu’une vue de l’esprit.

Photo la Voix du Nord

Mieux, les grosses pierres, disposées le long de la route principale pour entraver le passage des véhicules sur les côtés, ont été poussées. Rien n’empêche le passage des voitures, mais aussi des fourgons. Chaque jour, ils sont foule à poser leurs cannes le long des rochers, mais pas seulement. A quelques mètres de là, derrière un grillage métallique éventré, malgré les panneaux interdisant formellement l’accès à une propriété privée, les pêcheurs s’activent. Pour cette violation de propriété privée (c’est un terrain qui appartient au port autonome de Dunkerque), ils risqueraient en principe une contravention. Qu’à cela ne tienne. Pendant les week-ends, ils peuvent être des centaines, richement équipés. Les bars n’ont guère de chance de s’en sortir. Au delà des questions de sécurité (des risques de noyade), l’activité même de ces mordus de l’hameçon pose problème. “Les autorités maritimes ont constaté l’augmentation du nombre de pêcheurs à cet endroit”, rappelle Sylvie Lebreux, de la centrale nucléaire de Gravelines.

Le sous-préfet de Dunkerque, Daniel Férey, ne se voile pas la face. Parmi ceux qui viennent jeter leurs lignes à la sortie de la centrale, les véritables amateurs ne sont pas légion. Les authentiques Gravelinois sont minoritaires. Ils viennent pour nombre d’entre eux de Belgique, restant des heures voire des jours, à amasser des kilos de poisson. Nombre d’entre-eux ont élevé ce loisir au rang de “véritable industrie : ils font une concurence déloyale aux pêcheurs professionnels”, souligne Daniel Férey. “Ils créent une véritable économie parallèle. C’est une source de conflits car c’est un marché juteux”, ajoute l’adjudant Gilles Baccot, commandant de la brigade de gendarmerie de Dunkerque. Enfreignant la loi par ce véritable métier, ils contreviennent aussi à la règlementation en pêchant du bar “portion”, entre 23 et 25cm, alors que la taille minimale pour le bar de ligne est de 36cm! Quand elle en a la possibilité, la gendarmerie maritime sévit. La contravention n’étant pas dissuasive, les forces de l’ordre vont jusqu’à saisir le matériel de pêche. Quant au poisson, il est aussi confisqué. S’il est encore vivant, il est relâché en mer. S’il est propre à la consommation, au lieu d’être détruit, “il est donné à des associations caritatives”, souligne l’adjudant Baccot.

Des mesures

La nouveauté, c’est que depuis quelques temps, les pêcheurs du bord ne sont plus seuls. D’autres viennent en bateau poser leurs filets, ce qui est pour le moins une source de tensions. Il y a quelques semaines, un pêcheur a tiré au fusil en direction d’un filet qui avait été jeté à la sortie de l’exutoire de la centrale. D’où un arrêté qui doit être pris par la préfecture maritime de la Manche et de la Mer du Nord, interdisant toute activité nautique au droit de la centrale. “Ne prenons pas les pêcheurs pour des délinquants”, insiste, conciliant, le sous-préfet de Dunkerque. mais à ses yeux, pour des raisons de sécurité vis à vis de la centrale, il va être sérieusement envisagé de constituer un “glacis” autour de la centrale.

Une zone dont l’accès devrait réellement être limité. “Si on peut envoyer les pêcheurs un peu plus loin, ce sera bien”, note-t-il. La mise en pratique de cet objectif ne semble pas aisée, et les autorités doivent se réunir pour envisager des mesures concrètes. Avec un but, que rappelle le commandant Noël Juhère, chargé entre autres de la police du port : “C’est empêcher les pêcheurs d’aller sur la jetée du Dyck et le long du canal de rejet de la centrale.” Les plus concernés devront s’adapter.

Grillage éventr

Palissade détruite donnant accès à la centrale

Sources photographiques

  • Chtipecheur
  • La Voix du Nord