Les secrets de l'anguille de la jaune à l'argentée

L’anguille européenne (Anguilla anguilla) est un poisson qui peut être rencontrée en eau douce, en eau saumâtre mais aussi en mer. Ces poissons sont dits amphihalins.

Anguilla anguilla (Liné, 1758)
Famille des Anguillidés
Espèce menacée - Réglementation particulière par région

De l’anguille jaune à l’argentée

L’anguille passe la plus grande partie de sa vie dans les fleuves, les étangs et les rivières. Sa teinte est alors d’une dominante jaune et lui donne le nom d’anguille jaune.
En automne l’anguille jaune se transforme et prend une couleur argentée. Elle rejoint la mer. Les anguilles font plus de 6 000 kilomètres pour se reproduire dans les eaux profondes de la mer des Sargasses.
On peut alors la rencontrer dans les ports et près des côtes se préparant pour son grand voyage. Au printemps et après leur migration vers la Mer des Sargasses, les anguilles, avant de mourir, vont donner naissance à des millions de larves transparentes qui se laisseront porter par les courants Nord Atlantique. Elles pourront mettre une année pour traverser l’Atlantique et rejoindre nos côtes. Les larves prendront les noms successifs de civelles (environ 12 cm) puis d’anguilles jaunes. Les anguilles s’installeront entre eau douce et eau saumâtre pendant six ou vingt ans.
La maturité sexuelle est atteinte vers 9 ans chez le mâle et vers 12 ans chez la femelle.
Le corps est serpentiforme, recouvert d’une peau épaisse et visqueuse, le dos brun-verdâtre et les flancs jaunes. Elle est capable de se déplacer hors de l’eau sur de courtes distances.
L’anguille mesure jusqu’à 100 cm et peut peser 3 kg.
Elle vit dans les végétations et sous divers abris, chasse la nuit. C’est un prédateur vorace mais peu méfiant. Son régime alimentaire est à à base d’invertébrés et de petits poissons.


Technique de pêche

L’anguille se pêche au posé le plus souvent en plombée. Dans certaine région et par tradition, on la pêche à la vermée (pelote de vers et parapluie inversé).
Sa chair ferme et blanche est très appréciée.

Comment et avec quoi pêcher l’anguille
avec Commentfais ton pêche: L’anguille est un poisson étrange et particulier. Elle fait un long voyage depuis la mer de sargasse jusqu’à nos rivières. On peut la pêcher de différente manière (seulement l’anguille jaune et non argenté comme je le dis sur la vidéo), je vous propose la pêche au ver de terre et je vous explique comment je le pose sur l’hameçon.


Une espèce menacée

Jusqu’au milieu du XXème siècle, l’anguille figurait en Europe parmi les espèces plus communes. Elle a pourtant brusquement fortement régressé dans les années 1980-90 au point d’être aujourd’hui menacée. Vingt ans plus tard, bien que chaque femelle soit capable de pondre un grand nombre d’oeufs, la mortalité des anguilles européennes était « supérieure au seuil de renouvellement des générations ». Elle pourrait avoir totalement disparu de nos rivières dans moins de cinquante ans. Son cas est d’autant plus préoccupant qu’on ne parvient pas pour l’heure à la réimplanter dans son milieu après une reproduction en captivité.
Le Conseil des ministres de l’Union européenne a en septembre 2007 validé un règlement européen instituant un plan de restauration de l’espèce.
Depuis juin 2007, les anguilles européennes sont protégées par la CITES comme espèces en danger. Sa commercialisation doit donc maintenant obéir à des règles très strictes.
Inscrites sur la liste rouge IUCN, et protégées par la convention de Washington, l’anguille est également protégée par l’Europe qui a instauré une réglementation en 2007 instituant des mesures de reconstitution des stocks.
Le Décret n° 2010-1110 du 22 septembre 2010 relatif à la gestion et à la pêche de l’anguille détermine 3 stades auxquels s’applique la réglementation : Anguille de moins de 12 centimètres, Anguille argentée et Anguille jaune
Consultez vos associations de pêche.

Rempoissonnement d'anguilles
Rempoissonnement d’anguilles à l’étang de pêche de Wambrechies - Nord

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Anguille prise au surfcasting sur la plage des escardines à Oye-plage - Pas-de-Calais, 2005


La mer des Sargasses

Au temps de la marine à voile, cette zone maritime était un piège redouté des marins. Les bateaux se retrouvaient coincés par les algues, les marins mouraient de faim et de soif. Certains ont réussi à s’en échapper et sont à l’origine d’histoires effrayantes. La proximité du triangle des Bermudes alimente de nombreuses légendes.
Pour conclure, voici un article de 1952 paru dans Le Chasseur Français sur la réalité de la mer des Sargasses.


Tout le monde a entendu parler de la mer des Sargasses. On sait que c’est une vaste étendue d’eau tiède et tranquille au large des Antilles où des masses considérables d’algues flottantes s’amassent et où, chaque année, les anguilles du monde entier viennent pondre. L’idée préconçue se forme tout de suite de masses d’algues enchevêtrées et formant même des radeaux flottants, empêchant ou gênant la marche des navires.

La réalité est tout de même un peu différente. La mer des Sargasses occupe dans la région des calmes du Tropique du Cancer près de 7 millions de kilomètres carrés, soit plus de douze fois la surface de la France. Pour parler plus exactement, elle se trouve au centre de l’Atlantique, entre les Açores et les Antilles, et occupe un vaste rectangle compris entre le 30e degré et le 75e degré de longitude ouest et le 20e et le 40e degré de latitude nord; elle est, pour s’exprimer autrement, à la latitude du Maroc français.

1891 SargassoSee Krummel Petermanns lores

La mer des Sargasses était déjà connue des anciens; il en est déjà fait mention dans le fameux Périple d’Himilcon avant notre ère. Bien avant déjà, une mention brève en est faite dans le Périple de Scylax de Caryande, navigateur du temps de Darius1er. Mais la mer des Sargasses est surtout connue par le livre de bord de Christophe Colomb, qui y pénétra le 16 septembre 1492. Dès le 17 septembre, Christophe Colomb écrit: «On vit beaucoup d’herbe et très souvent, et on y trouva même un crabe vivant.» Depuis, de très nombreuses observations ont eu lieu dans la mer des Sargasses et ont permis d’en avoir une notion moins sommaire que celle donnée par Christophe Colomb.

1893 Nina Pinta Santa Maria replicas
Les trois navires de Colomb: Nina Pinta et Santa_Maria (1893)

La température des eaux de la mer des Sargasses est douce et constante: elle varie à peine de 20 à 28°. À 300 mètres, le thermomètre y indique une température constante de 16°, et c’est à cette profondeur que viennent pondre les anguilles. La teneur saline y est élevée et atteint 38 grammes par litre alors que la Méditerranée, sur nos côtes, n’atteint que 36 grammes et l’Océan 32. Les eaux y sont très limpides.

Mais, surtout, la mer des Sargasses ne présente pas l’aspect d’une prairie marine où les bateaux ne peuvent avancer qu’avec la plus grande peine. Les sargasses, qui sont des algues voisines du fucus, ne sont pas fixées à des rochers, mais sont flottantes, ce qui est normal, puisque le fond dépasse 1.500 mètres; il ne s’agit pas de débris d’algues, mais bel et bien d’algues vivantes. Ce sont de longues tiges flottantes portant des parties plates en forme de feuille et de très nombreuses vésicules arrondies pleines d’air qui servent de flotteurs. Ce sont ces flotteurs qui ont fait donner le nom aux sargasses de «raisins des Tropiques», car ils ont la forme de petits grains de raisin de couleur variant du vert au jaune et au brun.

Sargassum weeds closeup
La Sargasse (Sargassum) est un genre d’algues brunes.

On y a dénombré 8 espèces de sargasses toutes très voisines. Il est remarquable de constater que, d’une part, toutes les autres algues de la famille des sargasses sont fixées aux rochers des rivages et que, d’autre part, seules celles de la mer des Sargasses n’ont point d’organes reproducteurs. Elles se reproduisent uniquement par bouturage naturel. La densité des sargasses étant en moyenne de une grosse touffe d’algue par carré de 10 mètres de côté, chaque touffe se présente sous une forme arrondie d’une trentaine de centimètres de diamètre, parfois en longues bandes étroites, parfois et plus rarement, par petits îlots atteignant 8 à 10 mètres carrés. On constate que leur abondance est toujours plus grande à la fin de l’été qu’à la fin de l’hiver, car la croissance des végétaux est plus active à la belle saison.

Dans ces algues flottantes habitent des animaux extrêmement curieux. On y trouve des vers qui vivent dans les tubes calcaires et spiralés accrochés aux sargasses. On y trouve également des anatifes, ces curieux crustacés en forme de mollusques, des sortes de patèles, et même un champignon parasite. Les crevettes et les crabes y sont fréquents. Les poissons volants y circulent et déposent leurs œufs sur ces algues. On y trouve également une baudroie, un poisson dit «hérisson de mer» et surtout deux sortes d’hippocampe, dont le corps est très déchiqueté, et qui ressemblent à s’y méprendre à un fragment de sargasse. D’ailleurs, d’une façon générale, les animaux qui vivent libres dans la mer des Sargasses prennent l’allure et la couleur des herbes qui les entourent. On y trouve également de grandes crevettes rouges et des poulpes. Enfin, tout le monde sait que les anguilles viennent s’y reproduire et que c’est de là que partent les jeunes civelles ou pibales, qui, en suivant le Gulf-Stream, arrivent en trois ans jusqu’à nos eaux douces françaises.

Quelle est donc l’origine de ces algues flottantes? On a longtemps cru qu’il s’agissait d’algues arrachées que le courant ramassait dans un vaste remous. L’hypothèse était d’autant plus plausible que jamais on n’a trouvé sur les sargasses d’organes reproducteurs. On sait maintenant que la réalité est tout autre. On sait que les sargasses sont des algues adaptées à la vie flottante en haute mer et que, depuis une époque extrêmement reculée, elles se propagent par bouturage naturel. On sait que, au point de vue géologique, l’océan Atlantique nord est relativement récent, puisqu’il s’est creusé au milieu et à la fin du tertiaire. Il existait à cette époque, sur l’emplacement des sargasses, un immense continent qui unissait l’Amérique à la France et à l’Europe; ce continent s’est effondré à la fin du tertiaire en laissant comme reliques les îles des Açores, de Madère, des Canaries et des Antilles. Quant aux sargasses flottantes, elles sont les restes des vastes prairies sous-marines accrochées au fond des mers, à faible profondeur, près des côtes de cet ancien continent. Le continent s’étant effondré, la plupart des plantes et des animaux vivant sur les côtes de ce continent ont disparu, seuls quelques animaux et quelques plantes se sont adaptés aux nouvelles conditions de vie. Les sargasses notamment, ont pu vivre parce qu’elles arrivaient à se reproduire par bouturage naturel, et seuls ont survécu les animaux capables de vivre sur les sargasses. Quant à l’anguille, qui se trouve en abondance dans les eaux douces et saumâtres des Açores et des Canaries, elle a pu subsister parce qu’elle se reproduisait dans l’Océan. La population d’anguilles s’est fractionnée ainsi en de nombreuses populations isolées parmi les îles subsistantes et dans les eaux douces du continent américain et du continent européen, auxquels était autrefois rattaché le continent disparu. Mais les anguilles ont toujours continué de venir pondre leurs œufs dans leur lieu de ponte d’origine.

Telle est l’hypothèse actuelle de la formation de cette curieuse mer des Sargasses avec l’explication la plus rationnelle de la reproduction de ces algues et de la reproduction de l’anguille.

chonique 1952
Le Chasseur Français N°670 Décembre 1952 Page 728
article signé Lartigue

A la recherche de la nouvelle mer des Sargasses
Production : IRD Images, Réalisation : Hubert Bataille, Conseillers scientifiques : Thierry Thibaut, Jean Blanchot, Sandrine Ruitton.


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Commentaires

1.Le lundi 28 mars 2005, 20:03par goodwinseal
Maille en Belgique est de 28 cm Goodwinseal

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