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Le surf-casting : le matériel en 1950

Le surf-casting : le matériel – Cet article du Chasseur Français écrit en 1950 par Pierre Lartigue nous renvoie quelques décennies en arrière et nous rappelle comment nos parents et arrières parents appréhendaient le surf-casting.

La Pêche en mer : Le surf-casting

1950

«J’ai indiqué, dans mes derniers articles, la vogue extraordinaire dont jouissait actuellement le surf-casting sur les plages sableuses ; il est bon maintenant de parler du matériel.

La canne sera, en général, constituée par un bambou assez fort, long de 4m,50 environ ; pour des commodités de transport, le bambou pourra être en deux parties, mais, le plus souvent, les pêcheurs locaux utilisent une canne en un seul morceau. Pour choisir cette canne, il faut étudier sa longueur et sa puissance. Sa longueur va, comme nous l’avons dit, de 3m,50 à 5 mètres. Toutefois, lorsqu’on lancera d’une jetée, on pourra se contenter d’une longueur plus courte : 2m,50 à 2m,80 environ. En effet, sur les digues et les jetées, il y a souvent des obstacles à proximité, et il importe de pouvoir lancer avec le moins de volée possible ; sur une plage, au contraire, on a derrière soi un grand espace libre et, devant, des brisants particulièrement violents. Il faut donc lancer au-dessus de ces brisants et, d’autre part, il faut pouvoir, en tenant la canne verticale, maintenir la ligne haute et bien dégagée du ressac, ce qui implique une canne longue.

Donc, je résume : pour la pêche d’une digue ou d’une jetée : canne de 2m,50 à 2m,80 ; pour la pêche sur une plage : canne d’au moins 4 mètres et pouvant aller jusqu’à 5 mètres.

Quelle doit être la puissance de la canne ? Cette puissance ne doit pas être calculée suivant le poids de poisson qu’elle aura à tirer, mais suivant le poids qu’on aura à lancer. Une formule simple donnée par Decantelle 1 indique la règle à choisir : « L’effort subi par une canne lors du lancer est égal à dix fois le poids projeté ; l’effort subi par une canne lors de la manœuvre d’un poisson ne dépasse que rarement le 1/10 du poids de ce poisson. »

En Méditerranée, où la marée est nulle et les courants faibles, un plomb de 100 à 150 grammes est largement suffisant, de sorte qu’une canne pouvant supporter sans effort exagéré un poids de 1 kilo à 1kg,500 convient parfaitement.

Sur les côtes de la Manche et de l’Océan, surtout en période de vives eaux, le courant est assez fort, et, de plus, on doit souvent lancer contre le vent, le plomb atteint fréquemment 200 et même 250 grammes. Dans ce cas, il faut que la canne puisse supporter sans effort exagéré un poids de 2kg,500, et elle peut sortir un poisson de 20 à 25 kilos.

Je ne conseille guère le bambou refendu, non point — et loin de là — qu’il ne soit bon, mais parce qu’il est cher et que, travaillant dans des conditions pénibles, on risque de l’abîmer ; d’autre part, de même que pour le greenhart 2, il est difficile d’avoir une canne atteignant les 4m,50 demandés.

Je conseille donc simplement le grand bambou ordinaire, d’un diamètre de 4 centimètres à la base et d’au moins un centimètre au bout. Évidemment, cette canne doit être pourvue de viroles et d’anneaux en agate ou en acier inoxydable ; je ne conseillerai pas les anneaux de porcelaine, parce qu’ils sont trop fragiles. Enfin, sur les plages sableuses, il est bon de munir la canne d’un petit piquet pointu en acacia, qui permettra de l’enfoncer dans le sable.

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Il est utile de munir la canne d’un bon moulinet bien fixé ; toutefois, dans bien des régions, on se contente d’attacher à la canne un moulinet par une lanière en caoutchouc bien serrée. C’est le moulinet qui sera la principale dépense du pêcheur ; il ne faut pas hésiter à y mettre le prix. Sur les jetées de la Manche, et notamment à Boulogne, on emploie encore le moulinet classique, en contre-plaqué, souvent muni d’un roulement à billes ; il est excellent mais demande une main expérimentée et est souvent sujet à la perruque, si on ne commence pas à freiner avec le pouce au moment où le plomb va toucher l’eau. Mais, en bonnes mains, il permet des lancers magnifiques, atteignant 50 et 60 mètres.

Le plus simple, mais aussi le plus coûteux, sera de se munir d’un gros moulinet à tambour fixe. Je signale comme étant les plus pratiques (réclame non payée) le Luxor-mer, le Rumer et le Robur. Inutile de présenter le Luxor-mer et le Rumer qui ont, en outre, le gros avantage de pouvoir être utilisés en rivière pour la pêche à la carpe, au brochet et au saumon. Quant au Robur, outre son prix moins élevé, il a l’avantage d’être extrêmement rustique et de permettre le lancer comme un tambour fixe et la récupération comme un moulinet axial ordinaire, ce qui est plus rationnel ; il a également l’avantage, de par sa rusticité, de pouvoir tomber dans le sable, sans pour cela s’enrayer ; mais il ne peut être employé que pour la pêche en mer.

Les anciens moulinets de pêche
Surfcasting en 1950 : les anciens moulinets de pêche

La ligne de mer doit être suffisamment fine, solide et résister à l’eau de mer. On a longtemps employé le lin et le coton, que l’eau de mer n’attaque guère ; toutefois, les lignes en lin et en coton exigent d’être séchées après la pêche, ce qui présente un inconvénient pour le pêcheur fatigué de son expédition ; aussi, de plus en plus, le nylon est-il employé.

Il faut enrouler sur le tambour du moulinet 150 mètres de nylon 50 ou 60 centièmes ; à l’extrémité du nylon sera placé un émerillon de forte taille ; on fixera à celui-ci le bas de ligne, qui sera en principe toujours en nylon de même diamètre que celui de la ligne elle-même. Ce bas de ligne sera en rapport avec la longueur de la canne : long de 2 mètres environ pour la canne utilisée sur les jetées, il atteindra 3 mètres sur les cannes de plage. Et pratiquement, pas de fil d’acier, sur lequel les boucles peuvent être fatales au cours du lancer, sauf dans certains cas de pêche au squale.

Les avançons seront en nylon, sauf dans quelques cas particuliers de pêche au squale ou au congre, où l’on pourra employer l’acier câblé souple.

Pour empêcher les avançons de s’accrocher dans le bas de ligne, il faudra les monter en potence et les choisir assez courts ; sur les plages de la Manche, on utilise des clippots, qui sont des petites baguettes rigides en métal qui se fixent instantanément sur le bas de ligne. Sur les côtes de l’Océan, le clippot n’est pas employé ; on préfère monter directement l’avançon sur la ligne.

Quant aux hameçons, ils dépendent, évidemment, du poisson que l’on veut capturer ; pour les poissons plats, tels que le turbot, la sole, la plie, on peut utiliser des hameçons à corps minces et de petites tailles, allant du n°5 au n°000 ; pour les poissons normaux, allant de 1 à 2 kilos, on emploiera des hameçons à allure carrée en acier forgé de 1cm,50 environ ; pour les congres ou les gros poissons, il faut des hameçons de 3 à 4 centimètres en acier et munis d’un émerillon.

Sur les fonds présentant des obstacles rocheux, on emploie des plombs ronds et plats, sans fil de cuivre ; sur les côtes sableuses, les plombs pèseront de 200 à 3000 grammes et seront munis de 4 fils de cuivre souple longs chacun de 8 à 10 centimètres environ et qui serviront à ancrer la ligne sur le fond meuble.

Passons maintenant aux accessoires. Je n’insisterai pas sur le sac à pêche. Pour les appâts, je conseille fortement une caissette en bois ayant 2 ou 3 compartiments, contenant d’un côté les vers, tels que les arénicoles, de l’autre côté les coquillages, tels que la palourde ou le lavagnon.

Il sera utile, pour la pêche aux squales ou aux gros poissons, d’être muni d’une gaffe semblable à celle employée pour la pêche au saumon, et qui servira à harponner le poisson au moment où il commence à échouer sur le sable.

N’oublions pas, enfin, un bon couteau en acier inoxydable, avec une lime pour affûter les hameçons ; il ne s’agit pas, en effet, de fourrer ses doigts dans la bouche d’un petit squale ou de prendre à pleine main un poisson venimeux.

Pour la pêche des gros poissons en bateau, on pourra, évidemment, employer une canne courte (1m,50 à 1m,80) en bambou refendu ; cette canne peut servir pour la pêche du petit thon ou du congre ; comme elle ne sert pas au lancer, elle peut être munie, à la place de l’anneau de tête, d’une petite poulie, afin de diminuer l’usure de la ligne.»

La Pêche en mer : Le surf-casting – P. LARTIGUE.
Le Chasseur Français N°644 Octobre 1950 Page 600

En résumé

Cet article de 1950 écrit par Pierre Lartigue met en lumière les pratiques et le matériel de surf-casting de l’époque, reflétant l’évolution de cette technique de pêche sportive.

Notes

  1. Philippe Joseph Eugène Alexis Decantelle (1879-1960)
    Président du Fishing club de France, Président du conseil d’administration de la Pêche illustrée. ↩︎
  2. Le greenheart (bois de lance en Guyane) est un arbre au bois très dense et résistant des forêts équatoriales d’Amérique du sud.
    En savoir plus sur ce sujet : Le Greenheart pour la pêche (lecomptoirgeneral.com) ↩︎

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Article mis à jour en 2022, publié initialement en 2010.

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