Le hareng, Ă la fois source de richesse et de conflits entre les nations europĂ©ennes, a tenu un rĂŽle dĂ©terminant dans l’histoire de l’Europe, en tant que ressource alimentaire et marchandise commerciale. Un article de 1949 met en lumiĂšre son importance historique au Moyen Ăge, les conflits qu’il a engendrĂ©s entre les nations, ainsi que son rĂŽle dans l’alimentation parisienne.

Edité pour Louit FrÚres & C°
đ° Petite histoire du hareng

«Le hareng â le clupea harengus de LinnĂ© â est, depuis des siĂšcles, une « viande de carĂȘme » et de restrictions ; il est le poisson du pauvre, du soldat, son histoire est trĂšs importante, câest celle de beaucoup de nos ports, câest aussi celle de lâalimentation au Moyen Age.
DĂšs cette Ă©poque, nous voyons le hareng jouer un rĂŽle trĂšs important dans lâhistoire. En 809, Charlemagne fonde Hambourg pour la pĂȘche de ce poisson. Saint-Louis, le premier, protĂšge nos pĂȘcheurs harengers contre les entreprises des Anglais. Nous voyons le hareng susciter des grandes sociĂ©tĂ©s commerciales. Lors du siĂšge dâOrlĂ©ans, en 1429, le duc de Bedford envoya un convoi de barils de harengs Ă ses soldats ; les Français rĂ©solurent dâintercepter cet envoi providentiel, mais ils nâĂ©taient point en forces, ils furent battus ; cette journĂ©e prit le nom de la bataille des harengs (12 fĂ©vrier 1429), une miniature du temps nous montre des chevaliers se battant Ă cĂŽtĂ© de grands haquets chargĂ©s de petits tonneaux de poissons, dont les conducteurs ne paraissent nullement effrayĂ©s, malgrĂ© le voisinage fort peu rassurant de nombreux hommes tirant des flĂšches ou brandissant des lances !

Attributed to Philippe de Mazerolles, Public domain, via Wikimedia Commons
Les textes de cette Ă©poque font de frĂ©quentes mentions de harengs, câest ainsi quâen 1215 nous voyons le comte de Ponthieu donner 10.000 harengs Ă lâabbĂ© de Cluny, cadeau princier. Les documents nous prouvent que ce poisson Ă©tait commun Ă Paris et que dĂ©jĂ â au XVe siĂšcle â les marchandes qui le vendaient Ă©taient fort mal embouchĂ©es ; au XVIIe siĂšcle, les harengĂšres des Halles Ă©taient redoutĂ©es de la clientĂšle ! Le hareng avait comme compagnon le maquereau, dont le nom a depuis pris un sens assez fĂącheux ; voici, dâaprĂšs un grand gastronome du dĂ©but du XIXe siĂšcle, lâexplication de cette appellation. « Les maquereaux, dit Cadet-Gassicourt, suivent les petites aloses, nommĂ©es pucelles, quâils ne quittent que lorsquâelles ont trouvĂ© un mĂąle ! » Nous laissons Ă cet auteur la responsabilitĂ© de cette origine …
Les Parisiens faisaient une grande consommation de ce poisson. Les cris de Paris le citent ; en voici un, par exemple, que lâon entendait dans les rues de la capitale pendant le carĂȘme :
Hareng soret, hareng de la nuit !
Je crie souvent parmi la ville ;
La marchandise est utile,
Et si je nâen vendis dâenhui (aujourdâhui).
Un autre cri nous prouve que, sur les marchés, on débitait de la baleine.
Lard Ă pois, lard Ă poids, la baleine !
De crier je suis hors dâhaleine,
Câest viande de caresme,
Elle est bonne Ă gens qui lâaime.
Durant lâhiver de 1943, quelques Parisiens ont pu goĂ»ter Ă la chair dâune baleine qui fut vendue aux Halles ; il paraĂźt quâelle est succulente.
Ă Paris, au Moyen Age, les crieuses de harengs frais appartenaient au corps des poissonniers de mer, et celles de harengs salĂ©s Ă celui des marchands de salines ; les premiers poissons salĂ©s que lâon vit Ă nos Halles furent des harengs ; ils arrivaient de Rouen par la Seine.
Il y avait alors le hareng blanc ou frais poudrĂ©, câest-Ă -dire qui Ă©tait tout nouvellement salé ; le hareng de la nuit, dont il est question dans le cri citĂ© plus haut et qui avait Ă©tĂ© salĂ© le jour mĂȘme de sa prise ; celui de deux nuits, câest-Ă -dire qui avait Ă©tĂ© salĂ© le lendemain, Ă©tait beaucoup moins estimé ; le craquelot ou appĂ©tit Ă©tait le hareng saur ordinaire ; le hareng de marque Ă©tait le hareng de Hollande, qui venait en barils, munis dâune marque officielle ; le hareng de drogue Ă©tait le hareng qui, trop petit pour ĂȘtre rangĂ© dans des barils, y Ă©tait jetĂ© pĂȘle-mĂȘle ; le hareng en vrac nâĂ©tait salĂ© quâĂ moitié ; le hareng encaquĂ© Ă©tait celui qui, aprĂšs avoir subi des prĂ©parations, Ă©tait mis en baril.
Sous Henri II, la pĂȘche du hareng reprĂ©sentait deux millions de francs par an ; en 1938, le port de Boulogne a dĂ©barquĂ© Ă lui seul 50 millions de kilos de harengs. Sous le rĂšgne de Charles IX et de Henri III, un auteur estime que la pĂȘche des harengs rapportait Ă la France plus de 200.000 couronnes par an, ce qui est un chiffre important. LâĂglise, consciente de lâimportance de cette pĂȘche, permit par une dĂ©crĂ©tale dâAlexandre III, en 1160, de pĂȘcher le hareng mĂȘme les dimanches et fĂȘtes.
Le hareng saur, on le sait, est surnommĂ© gendarme, ce qui faisait tressaillir de fureur le gendarme sans pitié ; en Suisse, on applique le mĂȘme surnom Ă une sorte de saucisson qui a la forme dâun hareng. Les rĂ©cents dictionnaires du langage parisien sont muets sur lâorigine de ce surnom.»
Infos source
- Source : Le Chasseur Français N°625 Mars 1949 Page 384
- Auteur : Roger VAULTIER.
- Titre : Petite histoire du hareng
- Rubrique : Variétés
En résumé
Le hareng a jouĂ© un rĂŽle crucial dans lâhistoire de lâEurope, notamment comme source de nourriture et de commerce depuis lâAntiquitĂ©. Le hareng Ă©tait omniprĂ©sent dans la vie quotidienne et les traditions, notamment Ă Paris.
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Autres ressources :
- La pĂȘche du hareng aux piquets dâĂ©taliĂšres
- Le Hareng Atlantique
- MĂŽssieur arbore la couronne de prince des poissons (unecuillereepourpapa.net)
đ Pour enrichir ce texte ancien, jâai sĂ©lectionnĂ© quelques images dâĂ©poque et photos personnelles qui Ă©voquent lâambiance ou les techniques dĂ©crites.
Article mis à jour en 2023, publié initialement en 2009.