Comment tuer un poisson sans le faire souffrir

Un pêcheur, de bord de mer ou d’eau douce, doit prendre rapidement la décision de tuer (ou non) le poisson capturé sur les lieux de pêche. Comment va-t-il s’y prendre ? Va-t-il le faire souffrir?


Prendre conscience avant d’exécuter un poisson

Tuer pour se nourrir

Il n’y a aucune de honte à ramener de temps en temps à la maison un poisson fraîchement pêché pour le repas à partager en famille ou entre amis. Alors, un bar dépassant largement la taille minimale de capture, les truites d’étang, le brochet de 85 centimètres de longueur sont les espèces que je ramène de temps à autre, sans aucune arrière pensée.
Pour tout vous dire, je remets à l’eau plus 99% de mes prises. Ainsi, pour le petit pour cent qu’il reste, il me faut décider d’une mise à mort que certains trouveront barbare mais il me parait impensable de les laisser "crever" sur le sable ou dans un sac en plastique comme j’ai déjà pu le voir (c’est une mort lente par asphyxie).

Selon le degré de sensibilité de chacun, le pêcheur exécutera sa prise d’un coup de bâton bien porté sur la tête, et, parfois, il l’égorgera rapidement avant de le vider de ses viscères (estomac, foie, ...) [voir note 1]. Le poisson prélevé doit être au moins de la taille minimale de capture définie par les autorités. Plus d’information ? consultez les articles :

Petit poisson-plat qui sera remis à l'eau (piqué à la bouche)
Un petit poisson-plat qui sera remis à l’eau (piqué à la bouche)

Abréger la vie d’un poisson gravement blessé

Un document publié par le Ministère des Ressources Naturelles de l’Ontario (2005) présente les résultats de Schisler et Bergensen (1996) portant sur l’espérance de vie des truites arc-en-ciel capturées et remises à l’eau. Les chiffres montrent que la probabilité de mortalité augmente de 16% dans les cas sans saignements et de 40% dans les cas de saignements abondants. Aussi, je pourrais conclure en disant que les pêcheurs devraient conserver les prises qui saignent abondamment mais il s’agit ici d’une décision qui leur est personnelle et subjective (il reste toute de même 60 %).

Lorsque le poisson engame profondément l’appât et l’hameçon [voir note 2], il se blesse en tirant sur la ligne (ou en se faisant ramener par le pêcheur) et il saigne.
Il y a de forte chance que le poisson remis à l’eau soit en quelques heures moribond (il nage nage difficilement en surface) ou ventre retourné (il est mort).

D’autres fois, c’est la manipulation hasardeuse du dégorgeoir qui en est la cause. Pour exemple ce souci peut survenir pendant un concours de pêche où le temps est précieux parce qu’il faut effectuer un maximum de captures, on fait vite et mal. Le dégorgeoir est enfoncé trop profondément touchant des organes sensibles.

Un autre motif d’une mise à mort possible est lorsque le poisson est malade. Je dois admettre que ce dernier cas intéresse plus particulièrement les spécialistes en pisciculture (par exemple dans les élevages, les aquariums) que les pêcheurs de loisir.

Tuer les nuisibles

Certains poissons sont classés par le Code de l’Environnement comme nuisibles. Introduits par l’homme, ils sont susceptibles de provoquer des déséquilibres écologiques et menacer la survie des espèces autochtones. Le poisson-chat et la perche-soleil sont les deux espèces les plus souvent rencontrées.
Ils doivent obligatoirement être tués dès leur capture. ils ne doivent en aucun cas être remis à l’eau ou transportés vivants sous peine d’amende (articles L 432-10 et R 232-3 du Code de l’Environnement).

Renseignez-vous auprès des gardes-pêche afin d’obtenir la liste des nuisibles et de savoir où les déposer.


2 méthodes modernes pour achever rapidement un poisson

Assommer et égorger

En pratique, le pêcheur assène deux ou trois coups de matraque sur le sommet du crâne du poisson afin de l’étourdir. Ensuite, il le saigne en enfonçant un couteau dans les branchies et en coupant jusque sous la gorge.

C’est selon moi, la méthode la plus rapide et la plus adaptée pour réduire les souffrances du poisson. Il suffit de consulter les forum de pêche pour s’en convaincre même si l’acte d’égorger n’est pas un geste naturel pour le citadin d’aujourd’hui.

D’ailleurs, en Suisse et depuis 2015, savoir tuer un poisson de cette façon est exigé pour l’obtention du brevet de pêche. Une formation pratique permet d’acquérir la compétence nécessaire sur ce sujet. Curiosité (et ingéniosité), certains formateurs genevois ont opté pour de faux poissons en silicone afin que les élèves puissent s’entraîner à occire correctement leurs futures prises de pêche.

Pour en savoir plus sur ce sujet, consultez les articles publiés sur :

truite en silicone pour expliquer comment étourdir puis égorger un poisson (Source : www.24heures.ch - Image: STEEVE IUNCKER GOMEZ)
Truite en silicone pour expliquer comment étourdir puis égorger un poisson (Source : www.24heures.ch - Image: STEEVE IUNCKER GOMEZ)

Méthode ikejime

L’ikejime est une technique d’abattage ancestrale importée du Japon, le poisson gagne en qualité gustative et se conserve mieux. En France, Les pêcheurs professionnels commencent à user de cette technique d’abattage.

Le pêcheur détruit le cerveau du poisson en enfonçant une aiguille ou un tournevis au dessus des yeux puis il le saigne au niveau des branchies et de la queue. Le poisson se vide de son sang.
L’ikejime serait la mise à mort la moins douloureuse et la moins stressante pour le poisson. Dès lors que l’on a procédé à la perforation cérébrale, il n’y a ni agonie, ni panique.

«Mieux vaut se prendre une balle dans le crâne plutôt que de mourir asphyxié»
Raphaël Haumont (Centre français d’innovation culinaire)
Les deux vidéos suivantes peuvent choquer les personnes sensibles et les jeunes enfants.

Vidéo publiée par Pêche en Mer
Daniel Kerdavid, passionné de culture japonaise et de la mer, nous emmène à la découverte de l’Ikijime,- "mort vive". Reportage réalisé en collaboration avec Vincent Le Masson, auteur de l’article sur le même sujet paru dans le magazine Pêche en Mer 394, mai 2018.

 

Vidéo Youtube - le pistolet à poisson Ikigun

Vidéo publiée par La Toque d’Or
Ikigun est LE pistolet d’abattage spécial poisson, permettant de tuer suivant la méthode "Ikejime". Plus respectueux des poissons et améliorant la qualité de la chair, le pistolet d’abattage Ikigun est un appareil simple et facile d’utilisation que devrait avoir chaque pêcheur !
Ce produit ne semble pas être commercialisé en France.

 

En savoir un peu plus sur ce sujet, consultez les articles publiés sur :



3 gestes anciens pour tuer un poisson


Briser la nuqueIl s’agit du sort réservé aux petits poissons édentés ou sans dents tranchantes.
Le pêcheur expérimenté glisse l’index dans la gueule du poisson pour lui briser la nuque d’un coup sec. 
Tuer d’un coup de mailletConcerne les poissons moyens.
Le pêcheur porte un coup violent et bien appliqué sur le sommet du crâne du poisson, celui-ci meurt instantanément. Si le coup porté est insuffisant, l’animal sera assommé et se réveillera.
Détruire le cerveau avec
une lame de couteau
Les gros poissons sont abattus d’un coup de couteau planté d’un coup sec dans le sommet du crâne pour atteindre le cerveau.
Briser la nuque des petits poissons - image adourpechepassion.com
Briser la nuque des petits poissons - image adourpechepassion.com

Ce sont là des méthodes anciennes comme nous pouvons le constater dans l’extrait "Pourquoi et comment sacrifier les poissons" de 1955 et proposé ci-dessous:

On a affirmé que, si les poissons n’étaient muets, les pêcheurs, amoureux de la nature et des bêtes, se montreraient moins cruels. Mais les poissons sont ainsi faits...
Ils baillent trois petits coups, et s’en va leur vie, doucement, sans bruit.
Les poissons souffrent-ils? N’en doutons pas. Mais là n’est pas la question.
Si l’instinct de la capture, la passion de la pêche dominent, l’emportant sur le petit pincement au cœur que tout homme bien né ressent au moment de sacrifier brutalement un être vivant, même infime, c’est un devoir que d’agir vite et proprement.
Le bon vivant un peu cynique, celui qui s’intéresse plus à la chair qu’à la vie animale, dira qu’il y a, en cette matière, outre un devoir humanitaire accessoire, un devoir gastronomique important. La viande d’un animal abattu en pleine force est d’une qualité très supérieure à la chair du même animal mort par asphyxie (exception faite pour pintades et pigeonneaux).

Le saumon s’assomme. Ce lutteur magnifique arrive à la gaffe généralement épuisé. Un léger coup appliqué avec une pierre sur le sommet du crâne, un peu en arrière des yeux, met fin à ses souffrances.

Le brochet, difficile à assommer, se poinçonne dans le cerveau. Il suffit d’introduire profondément en biais, d’avant en arrière, un poinçon ou une lame de couteau à la naissance de la tête.

Une grosse truite s’assomme comme un saumon. La truite moyenne, la perche et les poissons sans dents se sacrifient par rupture de la colonne vertébrale. Maintenant fermement le poisson de la main gauche, on introduit le pouce dans le bec du poisson,la face interne contre le palais, les autres doigts tenant la tête. Un coup sec et ferme en basculant la tête en arrière, et c’est tout.

La carpe, increvable, et la tanche se poinçonnent directement sur le crâne assez tendre, un peu en arrière des deux yeux.

L’anguille, aux réflexes sans fins, se saigne très profondément derrière la tête.

Reste, bien sûr, ceux que l’on ne peut sacrifier, parce qu’ils sont trop et trop petits! Ceux qui finissent dans la friture. Pour eux, rien à faire. Mais grâce à Dieu, leur résistance est faible. ils périssent vite et sans bruit, dès que la main du pêcheur a froissé leurs délicates écailles.

"La pêche" de Jérome Nadaud pages 418 et 420 - Larousse édition 1955

On ne vas pas se mentir, cet article par son contenu peut paraître barbare, voire horrible pour certains, mais achever son poisson, vite et bien, c’est au final faire preuve d’humanité. Le poisson ressent-il de la souffrance? je ne sais pas mais il s’agit là d’un être vivant de notre planète et en tant que tel mérite tous les égards.
Comment faites-vous sur le bord de l’eau pour les achever? n’hésitez pas à laisser un commentaire.


[1] - les poissons gras (comme le maquereau, le chinchard, le merlan) doivent être vidés sur les lieux de pêche et conservés au frais parce que leur chair tourne rapidement. L’odeur devient très vite pestilentielle. Les restes de poissons (c’est à dire les entrailles et la tête) retournent à la mer et servent de nourriture aux crustacés et autres animaux marins.
Si vous pêchez sur un quai ou une jetée, menez cette opération proprement afin de ne pas attirer les rats et autres rongeurs.

[2] - Le ferrage tardif est l’une des principales causes d’un avalement profond. Combien de fois au printemps, ai-je pu prendre au surf-casting des poissons plats de la taille d’une carte postale ayant englouti profondément une arénicole avec l’hameçon (de taille 1) parce que je n’avais pas perçu les touches.


Vous avez aimé cet article...

alors vous aimerez les articles suivants :

Ajouter un commentaire




Le code HTML est affiché comme du texte et les adresses web sont automatiquement transformées.